IA et emploi des jeunes : les embauches en CDI ralentissent
Selon une étude de la Banque de France publiée le 8 octobre 2026, les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé d’environ 28 % dans les métiers les plus exposés à l’IA générative.
Le lien entre IA et emploi des jeunes se précise en France. Selon le billet de blog n° 463 de la Banque de France, mis en ligne le 8 octobre 2026, les embauches en CDI des 21-29 ans dans le cinquième des métiers le plus exposé à l'intelligence artificielle générative sont, en mars 2026, environ 28 % sous leur niveau de novembre 2022, contre un repli de 8 % dans le cinquième le moins exposé. Ce ralentissement du recrutement invite les jeunes qui visent le numérique à cibler les spécialités où les offres restent supérieures au nombre de candidats.
Ce que montre l'étude de la Banque de France
Cinq chercheurs — Marco G. Palladino, Antonin Bergeaud, Antoine Bertheau, Simon Bunel et Oscar Degos — ont publié le 8 octobre 2026 le billet de blog n° 463 de la Banque de France, intitulé « IA générative : les premiers changements du marché du travail sur les jeunes ». Pour mesurer l'impact des outils génératifs sur l'embauche des jeunes actifs, les auteurs ont exploité les déclarations de mouvements de main-d'œuvre (DMMO) couvrant les embauches et les fins de CDI entre janvier 2019 et mars 2026.
Les économistes ont croisé ces flux avec un indice d'exposition construit à partir du répertoire opérationnel des métiers et des emplois (ROME) de France Travail, qui décrit plus de 1 500 métiers par leurs savoir-faire. Un modèle de langage évalue si l'IA peut réaliser ou assister chaque savoir-faire. Cet indicateur mesure une capacité technique potentielle et non l'usage réel en entreprise, mais sa corrélation avec l'usage réel mesuré par le Google AI & Economy Atlas en avril 2026 est élevée.
Les résultats mettent en évidence un décrochage net pour les actifs de 21 à 29 ans à partir de la fin de l'année 2022. En mars 2026, selon la Banque de France, les embauches en CDI des 21-29 ans dans le cinquième des métiers le plus exposé à l'IA générative se situent environ 28 % sous leur niveau de novembre 2022. Dans le cinquième des métiers le moins exposé, le recul sur la même période est d'environ 8 %. L'écart atteint une vingtaine de points entre les professions les plus exposées et celles qui le sont le moins.
21-29 ans : les métiers exposés à l’IA recrutent beaucoup moins en CDI
Écart en mars 2026 par rapport à novembre 2022
Embauches en CDI
Fins de CDI
Source : Banque de France, billet de blog n° 463, 8 octobre 2026. Les « plus » et « moins » exposés sont le premier et le dernier cinquième des métiers.
Ce phénomène ne touche pas uniformément la pyramide des âges. D'après la Banque de France, l'écart entre métiers très exposés et peu exposés se réduit chez les 30-39 ans ainsi que chez les 40-49 ans, et devient presque inexistant à 50 ans et plus. La contraction des recrutements en CDI dans les professions exposées se concentre donc sur les débuts de carrière.
Un effet concentré sur les débuts de carrière
Écart d’embauches en CDI entre métiers très exposés et peu exposés à l’IA
Source : Banque de France, octobre 2026.
Entrées et sorties en baisse : un marché qui se fige
La baisse des recrutements ne s'accompagne pas d'une vague de ruptures de contrat pour les jeunes déjà en poste. Toujours selon la Banque de France, les fins de CDI des 21-29 ans ont diminué d'environ 23 % dans les métiers les plus exposés entre novembre 2022 et mars 2026, contre environ -6 % dans les métiers les moins exposés. Les entrées et les sorties baissent ensemble : la rotation de la main-d'œuvre ralentit et le renouvellement des effectifs freine.
Une seconde analyse de l'étude porte sur un échantillon d'environ 6 000 entreprises suivies par la Banque de France, dont près de 600 déclarent un usage intensif de l'IA début 2026. Au sein de ces entreprises utilisatrices intensives, les embauches de jeunes de 21 à 29 ans évoluent moins favorablement que dans les autres structures. Pourtant, leur emploi total ne diverge pas nettement. C'est le recrutement qui s'ajuste à court terme, pas encore l'effectif global.
Pourquoi les jeunes sont les premiers concernés
Le fonctionnement interne des entreprises explique pourquoi la question « IA emploi jeunes » se pose d'abord à l'entrée du marché du travail. Lorsqu'une organisation freine ses recrutements sans réduire ses équipes, les salariés déjà en CDI conservent leur poste tandis que les ouvertures de postes destinées aux sortants d'école se raréfient. Le ralentissement simultané des embauches (-28 %) et des fins de CDI (-23 %) chez les 21-29 ans dans le cinquième des métiers le plus exposé, relevé par la Banque de France, illustre cette moindre fluidité : ceux qui sont en poste bougent moins, et ceux qui cherchent un premier contrat trouvent moins de portes ouvertes.
L'étude soulève également une interrogation sur la nature des tâches confiées aux nouveaux arrivants. Dans de nombreuses professions tertiaires et techniques, un débutant apprend son métier en exécutant des travaux de rédaction, de synthèse, de recherche documentaire ou de vérification de premier niveau. Si l'IA générative automatise les tâches habituellement confiées aux débutants, l'apprentissage par la pratique pourrait en pâtir. Les auteurs du billet de la Banque de France précisent toutefois qu'ils ne peuvent pas établir que ce mécanisme est déjà à l'œuvre en France.
Cette interrogation concerne directement le profil de développeur junior face à l'IA. L'écriture de blocs de code standardisés, la génération de tests unitaires ou la documentation technique font partie des tâches que les assistants de code savent déjà épauler, et ce sont souvent celles qui servaient de premières missions aux débutants. Pour autant, la diffusion des outils reste progressive dans le tissu productif français : selon la publication Insee Première n° 2120 parue en juillet 2026, 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus utilisaient l'IA en 2025, contre 10 % en 2024.
L’IA se diffuse vite dans les entreprises
Part des entreprises de 10 salariés ou plus qui utilisent l’IA
Source : Insee Première n° 2120, juillet 2026.
L'IA, seule responsable ? Les limites de l'étude
Les cinq chercheurs de la Banque de France accompagnent leurs constats de réserves méthodologiques explicites. La période observée depuis novembre 2022 ne correspond pas uniquement au lancement et à la diffusion des grands modèles de langage. Trois autres transformations majeures ont frappé l'économie au même moment et ont touché les mêmes catégories d'emplois qualifiés :
- Le resserrement monétaire : la hausse des taux d'intérêt a renchéri le coût du capital et pesé sur l'investissement des entreprises, en particulier dans les secteurs innovants.
- La correction post-Covid de la tech : après de fortes vagues de recrutements pendant et juste après la crise sanitaire, les entreprises technologiques et les services numériques ont ajusté leurs plans d'embauche.
- Le télétravail : la réorganisation du travail à distance a modifié la gestion des équipes et l'intégration des profils juniors dans les métiers de bureau.
Quatre forces ont touché les mêmes emplois depuis 2022
L’étude ne permet pas encore de séparer l’effet propre de l’IA
Source : Banque de France, octobre 2026.
Comme ces trois facteurs ont affecté en priorité les métiers tertiaires et intellectuels — ceux-là mêmes qui présentent un score d'exposition élevé dans le référentiel ROME —, l'étude de la Banque de France indique qu'elle ne permet pas encore de séparer l'effet propre de l'IA générative de ces évolutions conjoncturelles et structurelles. Le recul de 28 % des embauches en CDI des 21-29 ans dans les métiers les plus exposés peut donc refléter plusieurs freins cumulés, et la part propre de l'IA générative reste à isoler.
Et ailleurs ? États-Unis, Norvège, Danemark
Le billet de la Banque de France replace la situation française dans le contexte des travaux internationaux publiés en 2026. Les observations menées dans d'autres économies avancées montrent que l'effet de l'IA générative sur l'emploi des jeunes varie sensiblement selon les pays et les institutions du marché du travail.
Aux États-Unis, l'étude de Brynjolfsson et al. (2026) met en évidence une dégradation relative de la situation pour les jeunes actifs exerçant dans les métiers les plus exposés à l'IA, une tendance qui rejoint le constat dressé en France sur les embauches en CDI des 21-29 ans.
Les études conduites en Europe du Nord dressent un tableau différent. En Norvège, les travaux de Hernæs et Kostøl (2026) ne détectent pas de recul relatif pour les travailleurs exposés. Au Danemark, l'étude de Humlum et Vestergaard (2026) observe bien une réorganisation des tâches au sein des postes concernés, mais sans effet moyen détectable sur les heures travaillées ni sur les revenus. La technologie n'entraîne donc pas mécaniquement le même ajustement de l'emploi dans tous les pays.
Un effet qui varie selon les pays
Sources : Banque de France ; Brynjolfsson et al. (2026) ; Hernæs et Kostøl (2026) ; Humlum et Vestergaard (2026).
Dans le numérique, des métiers qui recrutent encore les débutants
L'étude de la Banque de France ne fournit pas de décomposition par métier précis du numérique. Pour connaître les métiers du numérique qui recrutent effectivement en France et mesurer la concurrence à l'entrée, il faut se tourner vers les données opérationnelles de France Travail (Métierscope), qui recensent les offres d'emploi et les candidats sur 12 mois au 2e trimestre 2026.
Ces chiffres révèlent de forts contrastes selon la spécialité choisie. Au sein des métiers du développement, deux familles proches affichent des équilibres opposés entre l'offre et la demande. Le métier de développeur informatique totalise 48 840 offres pour 12 200 candidats sur 12 mois au 2e trimestre 2026 selon France Travail : le volume de postes proposés dépasse largement le nombre de demandeurs. À l'inverse, le métier de développeur web enregistre 16 930 offres pour 31 650 candidats d'après France Travail, soit près de deux fois plus de candidats que d'offres.
La dynamique reste très favorable aux candidats dans les métiers de la data et de l'IA, et les employeurs peinent à recruter dans la sécurité des systèmes d'information. Selon France Travail au 2e trimestre 2026, le poste de data engineer compte 9 840 offres pour 2 670 candidats sur 12 mois. Le métier d'ingénieur IA rassemble 1 460 offres pour 990 candidats. Enfin, dans le domaine de la cybersécurité, le métier d'expert cybersécurité enregistre 3 100 offres pour 3 150 candidats sur 12 mois d'après France Travail, qui y juge la difficulté de recrutement élevée.
| Métier du numérique | Offres sur 12 mois (France Travail, T2 2026) | Candidats sur 12 mois (France Travail, T2 2026) |
|---|---|---|
| Développeur informatique | 48 840 | 12 200 |
| Développeur web | 16 930 | 31 650 |
| Data engineer | 9 840 | 2 670 |
| Expert cybersécurité | 3 100 | 3 150 |
| Ingénieur IA | 1 460 | 990 |
Combien d’offres pour un candidat ?
Offres d’emploi divisées par le nombre de candidats, sur 12 mois. En dessous de 1, plus de candidats que d’offres.
Calcul à partir des données France Travail, Métierscope, 12 mois au 2e trimestre 2026.
Ces écarts de tension éclairent la réalité que rencontre un développeur junior à l'heure de l'IA : un jeune diplômé positionné uniquement sur l'intégration ou le développement web généraliste fait face à une forte concurrence (31 650 candidats pour 16 930 offres selon France Travail), tandis qu'un profil formé au génie logiciel, à l'ingénierie des données ou à la sécurité aborde un marché où les employeurs peinent davantage à pourvoir leurs postes. Pour comparer aussi les rémunérations, consultez les salaires des développeurs et le classement des métiers du numérique les mieux payés.
Débuter dans le numérique en 2026 : ce qui fait la différence
Alors que la rotation des CDI ralentit pour les 21-29 ans dans les professions exposées (-28 % d'embauches et -23 % de fins de CDI depuis novembre 2022 selon la Banque de France), la préparation à l'insertion professionnelle prend une importance accrue. Quatre leviers permettent aux jeunes candidats de consolider leur profil face aux exigences des recruteurs.
Privilégier l'alternance et les stages longs
Quand les recrutements externes se resserrent, l'alternance reste une voie d'accès directe. Un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation permet à l'employeur de former progressivement un jeune aux outils maison et aux règles métier, réduisant le risque perçu lors du passage en CDI.
Démontrer sa pratique par des projets concrets
Si l'IA générative assiste les tâches élémentaires, les recruteurs attendent des juniors qu'ils sachent comprendre une architecture existante, tester la fiabilité d'un programme et documenter leurs choix. Présenter un dépôt de code structuré, un pipeline de données fonctionnel ou une contribution à un projet collectif prouve que le candidat maîtrise le cycle complet d'un livrable, bien au-delà de la simple génération de code par requête.
Intégrer les compétences en IA dans son métier
Avec 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus utilisant l'IA en 2025 contre 10 % en 2024 d'après l'Insee (Insee Première n° 2120, juillet 2026), la maîtrise professionnelle des assistants génératifs devient une compétence attendue. Savoir vérifier le code produit par un modèle de langage, repérer ses failles de sécurité et respecter la confidentialité des données d'entreprise distingue un professionnel opérationnel d'un utilisateur passif.
Cibler les spécialités en tension
Les chiffres de France Travail au 2e trimestre 2026 montrent que le choix de la spécialisation pèse lourd dans l'accès au premier emploi. S'orienter vers le développement logiciel (48 840 offres pour 12 200 candidats), l'ingénierie des données (9 840 offres pour 2 670 candidats), la cybersécurité (3 100 offres pour 3 150 candidats, avec une difficulté de recrutement élevée) ou l'intelligence artificielle (1 460 offres pour 990 candidats) offre un rapport offre-demande beaucoup plus porteur que le développement web seul. Les candidats en reconversion ou en poursuite d'études peuvent comparer les cursus disponibles pour trouver une formation alignée sur ces compétences recherchées.
Questions fréquentes
L'IA supprime-t-elle des emplois de jeunes en France ?
Selon le billet de blog n° 463 de la Banque de France (8 octobre 2026), l'ajustement passe par un ralentissement des recrutements plutôt que par des suppressions de postes. Dans le cinquième des métiers le plus exposé à l'IA générative, les embauches en CDI des 21-29 ans sont en mars 2026 environ 28 % sous leur niveau de novembre 2022, mais les fins de CDI ont aussi reculé d'environ 23 %. Chez les près de 600 entreprises déclarant un usage intensif de l'IA début 2026, l'emploi total ne diverge pas nettement de celui des autres entreprises.
Quels métiers du numérique recrutent encore des débutants en 2026 ?
D'après les données Métierscope de France Travail au 2e trimestre 2026 (sur 12 mois), plusieurs métiers affichent davantage d'offres que de candidats : développeur informatique (48 840 offres pour 12 200 candidats), data engineer (9 840 offres pour 2 670 candidats) et ingénieur IA (1 460 offres pour 990 candidats). Le métier d'expert cybersécurité compte pour sa part 3 100 offres pour 3 150 candidats, et France Travail y juge la difficulté de recrutement élevée. À l'inverse, le métier de développeur web est plus concurrentiel, avec 16 930 offres pour 31 650 candidats.
L'IA générative est-elle la seule cause de la baisse des embauches de jeunes diplômés ?
Non. Les auteurs de l'étude de la Banque de France soulignent que le resserrement monétaire, la correction post-Covid du secteur technologique et le développement du télétravail ont touché les mêmes métiers qualifiés sur la même période. Leur étude ne permet pas encore d'isoler l'effet propre de l'IA générative de ces autres facteurs économiques.
Quel est l'impact de l'IA sur l'emploi des jeunes à l'étranger ?
Les constats varient selon les pays cités par la Banque de France. Aux États-Unis, Brynjolfsson et al. (2026) observent une dégradation relative pour les jeunes dans les métiers exposés. En revanche, Hernæs et Kostøl (2026) ne détectent pas de recul relatif en Norvège, et Humlum et Vestergaard (2026) constatent au Danemark une réorganisation des tâches sans effet moyen détectable sur les heures travaillées ni sur les revenus.
