Lancement de l’Ecole Régionale du Numérique des Hauts-de-France : rencontre avec les deux Vice-présidents

Ecole Régionale du Numérique - Hauts-de-FranceAlors qu’elles expriment d’importants besoins en compétences et que le numérique représente un levier de croissance pour les Hauts-de-France, les entreprises peinent aujourd’hui à recruter les profils dont elles ont besoin. Pour répondre à cette forte demande, la Région s’engage afin de soutenir les formations labellisées Grande Ecole du Numérique. Rencontre avec Karine Charbonnier, Vice-présidente du Conseil régional des Hauts-de-France en charge des formations, des relations avec les entreprises et les entrepreneurs, et Guillaume Delbar, Vice-président en charge de la rénovation urbaine, du logement et de l’innovation numérique et sociale.


 

La Région Hauts-de-France met en place un dispositif « Ecole Régionale du Numérique ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Karine Charbonnier : Avec l’accord et l’appui du Président Xavier Bertrand, qui est très sensible à ce sujet qu’il connaît bien, nous avons mis en place un premier appel à projets qui s’adresse aux structures labellisées Grande Ecole du Numérique. L’idée est de compléter le label national par un label régional. Pour obtenir le label régional, les formations doivent également être gratuites, opérationnelles et en adéquation avec les besoins des entreprises du territoire. Elles doivent proposer d’atteindre la reconnaissance par la qualification et/ou la certification et présenter des pédagogies innovantes.  C’est une action expérimentale. Nous souhaitons rester souple et pouvoir faire évoluer notre cadre d’action en fonction des retours d’expériences, réussites comme échecs.
 
L’appel à projets « Ecole Régionale du Numérique » est doté de 1 500 000 euros de budget qui viennent renforcer notre offre de droit commun sur les métiers du numérique, présente au travers de différents dispositifs du Programme Régional de Formation.
 
Notre modalité d’intervention est la subvention, plafonnée à 40 % de co-financement et 100.000 euros par action de formation. Cela nous permet d’impliquer les partenaires publics et privés locaux. C’est tout un écosystème local qui doit être partie prenante, cela ne peut pas se développer hors sol.
 
Guillaume Delbar : Notre dispositif reprend l’essentiel des codes de la dynamique et de l’appel à projets national Grande Ecole du Numérique : gratuité, formations courtes dans un esprit « commando », sans prérequis de diplôme, orientées vers les métiers en tension et visant une intégration maximale vers l’emploi, même si la reprise de formation plus longue peut être une bonne chose pour certains.
L’ancrage local est vraiment une priorité, tout comme l’employabilité préparée à partir de besoins identifiés, et l’implication des acteurs économiques, dès la conception des formations.
 
D’une manière plus générale, cette initiative s’inscrit dans une articulation entre nos politiques de formation, d’action économique et notre feuille de route du numérique. Nous souhaitons approcher les sujets de manière globale, c’est-à-dire en intégrant les questions de réseaux, d’usages innovants, d’économie et de formation.
 

Qu’est ce qui a motivé la mise en place de ce dispositif ?

Karine Charbonnier : L’objectif premier de notre exécutif est « Au Travail ». L’emploi et le travail sont nos priorités et le numérique recrute ! Nous avons identifié au travers de plusieurs études que, dans les Hauts-de-France, ce sont 500 à 3.000 postes qui ne trouvent pas preneurs dans les entreprises du numérique, sans compter celles qui se digitalisent (où là le potentiel semble 3 à 5 fois supérieur).
 
Ce nouveau dispositif à vocation agile et innovant sur la pédagogie n’est qu’une partie de la réponse que peuvent apporter les acteurs publics mobilisés pour l’emploi et la formation. En effet, parallèlement, des négociations plus globales s’ouvrent dans le cadre de contrats de branches, dont l’un est dédié à la filière numérique. Il permettra de balayer l’ensemble des actions et dispositifs souhaitables pour faire évoluer favorablement la tension sur ces métiers. Ce qu’il nous faut, c’est un véritable plan d’ensemble pour le développement de l’emploi dans le  numérique.
 
Nous devons nous concerter, nous répartir le travail, depuis le diagnostic précis des causes jusqu’à la mise en place de solutions. Les entreprises expriment-elles bien leurs besoins ? Le système de formation est-il adapté et réactif ? N’y a-t-il pas un problème d’orientation, lié à une mauvaise compréhension des métiers du numérique ? L’image de ces métiers est-elle bien perçue ?
 
Guillaume Delbar : Former aux métiers du numérique pour répondre à la demande des entreprises est essentiel afin d’éviter que des difficultés de recrutement ne constituent un frein pour le développement de l’ensemble de l’écosystème numérique régional. On voit bien que tous les types d’entreprises sont concernés par cette recherche de compétences (les start-up comme les grandes entreprises), et ce, sur l’ensemble des territoires (la métropole lilloise au même titre que le Littoral, Saint-Quentin, Valenciennes, Amiens…). Et c’est sans compter les entreprises qu’il faut accompagner dans leur digitalisation, nous y travaillons aussi.
 
Cette dynamique nationale doit être une opportunité pour tous. C’est pourquoi nous avons souhaité favoriser la mixité des publics en encourageant l’ouverture des formations aux décrocheurs scolaires, aux personnes très éloignées de l’emploi, aux publics issus des quartiers « politique de la ville » ou de zones rurales, aux personnes en situation de handicap…  Il faut également encourager l’accès des femmes, encore minoritaires dans ce domaine. Ces publics devront représenter au moins 50 % des apprenants de chaque session de formation labellisée « Ecole régionale du numérique ».
 
J’ai la chance d’être maire de Roubaix, et j’ai vu l’impact que peut avoir une école de ce type sur ce territoire. En 2016, une école Simplon.co, labellisée Grande Ecole du Numérique, s’est implantée à Roubaix. Tous les six mois, une trentaine d’apprenants intègrent une session de formation intensive au développement web. Les profils sont variés, la majorité a un niveau bac ou inférieur au bac. Et les résultats sont au rendez-vous. A Roubaix, 22 des 24 stagiaires de la première session ont eu des sorties positives (en stage, en CDI, CDD ou en incubation …). Cela ne fait que renforcer notre envie de soutenir, d’élargir, d’ancrer dans la durée ce type de formations qui pourraient bien donner des idées pour d’autres domaines que les métiers du numérique…
 

Vous avez fait de l’obtention du label Grande Ecole du Numérique un critère d’obtention des aides régionales, pourquoi cet effort d’articulation ?

Karine Charbonnier : L’initiative nationale permet d’avoir déjà du recul sur le sujet. Travailler conjointement nous aide à l’identification des projets et porteurs, nous garantit en grande partie la qualité des actions et permet une meilleure utilisation des fonds publics dans le financement d’actions de ce type. Etant en proximité, il nous est parfois plus facile de mesurer l’ancrage territorial, les liens crées avec les acteurs de la formation, du numérique, les entreprises, les collectivités territoriales.
 
Guillaume Delbar : Les enjeux sont importants et nous devons jouer collectif à notre niveau. Notre volonté est de mobiliser toutes les énergies, les bonnes volontés pour que le numérique ne soit pas qu’une technologie ou un marché, mais représente également des opportunités, des moyens pour répondre à des enjeux sociaux, sociétaux et un levier majeur pour créer de l’emploi dans notre région.
 

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