Antoine Darodes : « Répondre au besoin d’accompagnement de la population en accélérant la maîtrise des outils numériques »

Antoine DarodesAfin d’impulser et de soutenir des actions préparant la société française aux révolutions numériques, l’Agence du Numérique pilote trois politiques publiques complémentaires : le Plan France Très Haut Débit, l’Initiative French Tech et le Pôle Société Numérique. Elle intervient en soutien à des écosystèmes territoriaux, avec un rôle d’animation et de soutien à des initiatives locales. A l’occasion de la publication du rapport d’activité 2016 de l’Agence du Numérique, son directeur, Antoine Darodes, revient sur les principaux enjeux de la transition numérique.

 

Comment accélérer la montée en compétence numérique de la population et faire de la République numérique une réalité ?

Société Numérique est un programme de l’Agence du Numérique qui vise à faire émerger une société numérique innovante et inclusive. Aux côtés des collectivités locales et acteurs des territoires, ce pôle met en œuvre un programme d’actions pour favoriser l’autonomie et la capacité de tous à saisir les opportunités du numérique, et pour accompagner la transition des territoires. Certes, le numérique jouit d’une dynamique foisonnante. Il n’est toutefois pas naturellement source de progrès ni d’émancipation pour tous [1]. Le pôle Société Numérique intervient ainsi pour remédier à ces fractures autour d’un triple axe d’intervention.

  • D’abord, la mise à disposition des collectivités et acteurs de la médiation numérique de ressources, données et savoirs pour soutenir les politiques numériques territoriales et guider l’action publique.
  • Par ailleurs, il accompagne la structuration des acteurs concernés par l’appropriation numérique en créant une société coopérative d’intérêt collectif, La MedNum. La Grande Ecole du Numérique y a pris part aux côtés de l’Etat. Le pôle Société Numérique favorise également la mise en œuvre de stratégies numériques territoriales.
  • Enfin, le pôle expérimente des actions dans les territoires pour accélérer la montée en compétence numérique de la population. Concrètement, il coordonne une expérimentation sur le droit au maintien de la connexion Internet à domicile. C’est le cas en Haute-Saône, dans la Marne et en Seine-Saint-Denis. En outre, le pôle Société Numérique soutient le projet de chèque numérique #APTIC, créé par Médias-Cité. Sur le modèle du chèque déjeuner, le chèque numérique permet de faciliter l’accès par la population à des ateliers de formation au numérique dans des lieux labellisés portés par des professionnels. Il vise à répondre au besoin d’accompagnement de la population en accélérant leur maîtrise des outils et des cultures numériques indispensables à l’autonomie.

Ces premiers pas sont riches en termes de retour d’expérience. Pour que ces initiatives deviennent rapidement une réalité dans tous les territoires de la République, une nouvelle dynamique portée par des choix politiques forts et appuyée par des moyens à la hauteur des ambitions sera nécessaire.
 

Quel regard portez-vous sur le développement de l’Initiative French Tech ?

L’écosystème des startups françaises a progressé de manière spectaculaire ces dernières années ! Le nombre de startups en France a explosé. Près de 10 000 startups sont recensées aujourd’hui avec +30% de startups créées par an entre 2012 et 2015 [2]. Les levées de fonds sont de plus en plus importantes : 2,2 milliards d’euros en 2016 contre 1,8 milliard d’euros en 2015 [2]. Aussi, de nouveaux leaders internationaux sont apparus : BlaBlaCar, DBV Technologies, Criteo, etc.

C’est pour soutenir cette dynamique que l’Initiative French Tech a été créée. Elle a accompagné ce développement entrepreneurial en s’appuyant d’abord sur les acteurs de l’écosystème startup français. Elle impulse depuis une dynamique collective pour placer la France parmi les grandes startups nations dans le monde en valorisant les startups en France et à l’international. Son action en faveur de l’entreprenariat a participé à installer les startups dans le paysage économique et territorial français. Elles sont aujourd’hui pleinement considérées comme des actrices crédibles, qui créent de la valeur économique et stimulent l’innovation.
 

Quels sont les enjeux en termes de formation dans le cadre du Plan France Très Haut Débit ?

Le Plan France Très Haut débit vise à couvrir l’intégralité du territoire en très haut débit d’ici 2022, c’est-à-dire proposer un accès à un Internet performant (>30Mb/s) à l’ensemble des logements, entreprises et administrations. Ce grand chantier industriel représentant plus de 20 milliards d’euros d’investissement dans les territoires. Il mobilise plus de 3,3 milliards d’euros de subvention de l’Etat. Fin décembre 2016, plus de 50% du territoire avait accès au très haut débit, dont 31,2% dans les territoires ruraux. La dynamique de déploiement des infrastructures des réseaux très haut débit s’accélère. La formation des professionnels du très haut débit est un enjeu stratégique pour la réussite du Plan.

Au regard des investissements prévus par les opérateurs privés et les collectivités territoriales dans les cinq prochaines années, près de 40 000 personnes sont à former sur l’ensemble du territoire à l’horizon 2020.[3] Pour répondre à ce besoin, l’Etat, l’association Régions de France et la FIRIP (Fédération des Industriels des Réseaux d’Initiative Publique) ont signé en 2016 une convention visant à renforcer la structuration de l’offre de formation. L’enjeu est de s’assurer qu’elle réponde aux besoins des entreprises chargées de déployer et d’exploiter les infrastructures en construction. Dans la continuité de cette structuration de l’offre de formation, l’accord-cadre national d’Engagement de Développement de l’Emploi et des Compétences pour la filière de la fibre optique a été signé par l’Etat et les fédérations professionnelles en mars 2017. Il vise à favoriser le développement des ressources humaines, des moyens de formation et l’insertion professionnelle.

 

Parcours d’Antoine Darodes :

Professeur agrégé d’économie-gestion, Antoine Darodes a commencé sa carrière à l’Autorité de la concurrence en juillet 2004. En octobre 2009, il rejoint l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), d’abord comme chargé de mission auprès du directeur général puis comme directeur des marchés du haut/très haut débit et des relations avec les collectivités territoriales. En novembre 2012, Antoine Darodes est chargé par le Gouvernement de conduire la Mission Très Haut Débit pour piloter la mise en œuvre du plan France Très Haut Débit. Il est nommé directeur de l’Agence du Numérique le 6 juillet 2015
 

En savoir plus sur l’Agence du Numérique :

 

Sources :

  • [1] Baromètre du Numérique 2016, co-réalisé par l’ARCEP, le Conseil Général de l’Economie (CGE) et l’Agence du Numérique
  • [2] Observatoire des startups françaises, avril 2017, réalisé par EY et la Mission French Tech pour la Mission French Tech au Ministère de l’Economie et des finances, en partenariat avec Bpifrance et la Caisse des dépôts, financé par le Programme d’Investissements d’avenir.
  • [3] Chiffres de l’Observatoire 2017 des entreprises intervenant dans les réseaux d’initiative publique, Firip, mars 2017